Mein Blog, kein blog : Alexandra Apperce

Gesetzt! A dit la littérature... Parce que la littérature ne rend pas libre et qu'elle sera friande de vous, toujours. Welcome into the "Apperce bazaar"!

lundi 03 mars

corps public

Corps public.                                                               sexe_martyr

Il est vingt deux heures au rond-point de l’ Etoile.

Certaines sont arrivées depuis plus de deux heures.

Les jambes se frottent l’ une contre l’ autre.

Les  petits criquets pailletés racolent.

Anita n’ a pas mangé ce soir. Son ventre le lui reproche et se tord comme une tresse de petite fille.

Des affaires de territoire.

On se dispute, des griffes vermillon découpent le ciel.

  Tire toi et ferme la ! »

Celles-la ont été dressées. Et attaquent.

C’est leur coin nom de dieu !

Et on ne leur prendra pas.

Il y en a une qui visiblement gère un groupe. Une bergère emmitouflée qui donne des coups de portable sur des cuisses perdues.

Les instincts primitifs se mêlent à la nuit et disposent de leurs victimes.

De longues blondes au langage inconnu inspectent le bout de leurs bottes.

Elles s’ appellent Irina ou Sara .Nous sommes tellement que certaines nouvelles ne savent même pas ou poser leur serviette de plage.

Les cheveux sentent la laque, les coiffures apprêtées devront tenir le coup.

Camoufleront les brûlures de cigarettes dans le cou.

                                                                              *

Des têtes s’ attardent, fraîches et malhabiles.

Elles ont toutes faim.

Les feuilles des tilleuls semblent chaudes et désarmées.

On n’entend plus que des talons, ces perchoirs à tristesse, s’ évadant de leur ombre.

Les pneus s’ activent, érotiques et avisés devant les fourreaux dégingandés de ces danseuses en cavale.

Une femme pointe Anita du doigt ; elle doit sembler drôle vue d’ ailleurs.

D’ habitude elle reste chez elle ; tout se passe par téléphone, ou par annonce.

Mais ce soir le gain d’ argent presse ; aller chercher le client, dehors.

Un break bleu repasse pour la troisième fois.

Il méconnaît ses critères de sélection.

Elles sont toutes les mêmes dans sa tête.

Et ces moments n’ existeront plus ,dès le lendemain, devant son café au bureau.

Sa femme, ses enfants auront le même parfum.

Il sous-estime le sordide.

Anita dévoile ses cuisses .D’ un seul coup.

Tout bascule alors dans ce désastre de volupté. Le break s’ arrête ; un mouvement de nuque m’indique la marche à suivre. Le rôle à jouer. Je monte à l’ arrière.

Le client aperçoit mon sexe long ; il s’ en accommode et me dit de me retourner. Des cheveux savent rester anonymes.

                                                                             *

Les gens s’ usent sur mon dos.

Je suis une serrure génitale, organisatrice d’ ébats.

Le loup sait ce qu’il se tape, il a connaissance de ce corps ; il se baise tout seul.

Mes poils sont plus rêches que ceux d’ une femme.

Il se fait ma déchéance .

Il lâche ses coups. Il fuit dans son corps.

Mon orifice le happe pour quatre cent balles. Leur bagnole semble faite pour nous.

On s’ éclipse et s’ arrange pour que tout rentre.

Je regagne la plage, vaincu.

Electron libre de la honte. Sans mac. Je gère un portefeuille.

Le fric sera englouti dès demain pour le loyer de l’ hôtel des Ormes.

Après demain , il le sera pour la bouffe.

Demain, je ne m’ en soucierais peut-être plus.

Aujourd’hui, cinq sexes sont entrés dans ma bouche et l’ ont remplie ; je me lavai les dents au dessus de la bogue blanche.

Chercher quel trou laver en premier.

Marées de sperme truculent ; être loin et rire des putes.

                                                                              *

Hier soir, le car des femmes m’ a accueilli.

J’ ai perdu mon sexe.

Le froid consciencieux découpe mes regards.

Il cisaille la peau de mes jambes. La lune éclaire ma carcasse. Vision d’ un trou béant.

Un appendice visqueux et chaud y trouve sa place.

Les parois souffrent de sa persévérance.

Il entre et sort, des capillaires éclatent.

Sentir le fond ; je sens comme un fond, un seuil de tolérance.

Le trou n’ est pas infini. Tout s’ arrête.

Il est deux heures du matin. Je suis allongé sur le ventre ; c’ est plus facile ; la première entrée est la bonne ; je regarde mes ongles, et mes poils sur mes phalanges.

Mon sang circule, mes cheveux poussent.

La petite aiguille est sur le deux.

Chacun s’ occupe de mon futur immédiat.

Ma queue, trépassant, étouffe entre la couverture et mon corps.

Il baise mon corps. Il me demande ou j’ en veux.

C’ est le fait que je réponde qui l’ excite. Je dois répondre pour ma sécurité.

Je fais semblant de vouloir les choses. On m’ égorgerait peut-être pour un silence on m ‘ égorgera.

Ils combattent l’ indifférence. ; ils m’ aiment.

Je réponds ; je ne sais plus ou sont mes membres.

Je les replace en silence. Je lève mon bassin, plus haut je le lèverai, plus vite il se déversera.

J’ annule mes cris.

Ses efforts s’ accumulent.

Le lit ne grince plus ; la boucle de ma ceinture me fait sentir mon ventre.

Il me découpe à l’ intérieur. Son gland se séquestre en moi. Il me paie pour que sa queue s’ étrangle dans un anneau.

Il éjacule et mon oreille me gratte.

Mes mains ne servent à rien. Je n’ ai plus de dents, plus de nez.

Je m’ installe dans cette étrange antichambre et j’ écoute leur musique.

On les a presque tous empêché de baiser des hommes.

Ils peuvent se défouler aujourd’hui et vivent ça bien.

Abonnement  de parking, fringues, assurance pour les mômes, budget nique. Ils me couvent chaque nuit.

Le sperme tiède coule le long de mon dos.

Ils voient leur victoire en face.

Ils jettent les billets sur la flaque ivoire. Je les récupèrerais tout à l’ heure.

D’ autres devront encore traverser mon corps de cette arme blanche.

Ma verge est suspendue comme un corps tout entier.

Peu importe ce qu’ ils m’ y enfonce, j’ en ai peur.

Je les vois me sourire avant de me retourner sur la moquette.

Il n’ y a aucun espoir pour qu’ ils ne me baisent pas.

Ils s’ allongent sur mon dos et découpent, découpez !

Il gémissent sur ma viande sans angoisse et périssent. 

Suzanne me rattrape par le bras. Les flics.

Planque derrière un buisson. Enfance. Maman puni toujours très fort.. Ils l’ appellent Dalida et c’ est ce qui la met le plus en pétard. Ce soir on est trop, alors ils embarquent. Le nombre , ça fait peur .

La nuit coule.

Un client trépasse sur mon dos.

Je rêve que leur semence en lévitation se défoule , ailleurs.

Loin de mes poils, de mon corps.

Ma jupe me serre, mais le corps a besoin d’ être ligoté, corseté pour accepter certaines choses. Ils boivent tous avant de me chercher. Ils boivent et titubent jusqu’ à moi.

Grâce à eux je vois la mort sans détours. Je vois les autres sans détours.

Tous les soirs j’ ai peur de saigner.

Une peur affreuse qu’ ils élargissent mes chairs.

J’ aimerais réapprendre à m’ ennuyer. Fuir les questions, gagner de l’ argent.

Ne pas se tuer, aimer quelqu’un. Ne pas se tuer.

Les hommes qui me lèchent le torse se mentent à eux même et prennent le métro.

Ils me voient femme ou sévisse selon les jours.

Ils restent hétéros , détachés des doutes.

Qu’ ils frôlent une queue, rien n’ y fait.

Leur membre est indépendant, il prend la décision d’enfourner.

Peut-être arriveront ils un jour à se parler, tout s’avouer.

Etre qui ils sont.

Ou ils vivront séparément, en agneaux doux et assassins, en effroyables manchots. Je ne pourrai rien leur crier.

Je prends le métro à mon tour. Des paroles fusent sur le quai. Verve perçante et massacrée. Des gens se hèlent, d’ autres s’ effacent dans de profonds couloirs.

Les nuques sont attirées par le sol.

Je devine leur nom et ce qui les indispose.

La nuit épaisse s’ apitoie sur des volumes de béton.

Chacun épouse l’ affluence. Des vies flottent derrière chaque lucarne ou jappent des chiens sans mystère.

Sous ces surfaces de verre, s’ agite peut-être un corps amical et savoureux sur lequel je projette mes songes.

Le vacarme proposé décide sans relâche du mouvement des uns et de la fièvre des autres. Le désir est un vent visqueux.

Je désire que cette vie me plaise.

Je m’ allonge sur un trottoir de taffetas ; des gorges lourdes abandonnent mes quartiers. Les yeux se blottissent  contres d’ étranges masses.

Une effraction se produit dans mon corps, je m’ imagine caressant une brune détendue à laquelle je promettrai un dîner.

Je me suis échappé de toutes ces femmes. J’ ai dormi à ciel couvert, enveloppé dans un enfant.

La ville a de petites ailes, éprises d’ elles mêmes.

Elles étêtent les quelques passants menottés.

Je rêvais d’ un orifice desséché , repu et investi par la douceur. Et le sperme en écume, reculerait jour après jour, fuyant vers la morte source : l’ innocence.

Rond-point placide.

Suzanne et les autres proies sensuelles.

Je palpai la base de mon sexe.

Un brin confus, je commençai ma nuit d’ incartades, par le bon usage des sentiments : j’ entrevois le jour où j’ oublierai le froid qu’ il aura fait aujourd’hui.

Les multiples offres de bonheur que l’ on me fera.

                                                                            *

L’ horloge froide s’ habitue à ses propres refrains.

L’ hiver abîme un peu les jours et la pluie dessine des airs moqueurs.

Je m’ éteins, le ventre seul.

La mort s’ est assise au bord de mon estomac.

Je m’ endors trop tôt ; j’ aimerais mourir plus fort.

                                                                             *

ce soir est comme tous les autres soirs.

Il y a la nuit et les ombres tenaces de ceux qui m’ embauchent.

L’ un d’ eux m’ ordonne de m’ asseoir à l’ arrière, cuisses ouvertes, qu’ il me voie dans son rétroviseur.

Il veut que je l’ excite du regard pendant quelques kilomètres.

Il trouve un endroit commode pour hurler sans être vus.

Son cœur se prélasse sur mes fesses.

Le client craint de ne pas venir. Son avenir me détient.

Le client m’ agite en tous sens.

Me brandit au dessus de l’ autoroute féconde de sa jouissance.

L’ homme besogne mes reins. L’ assaut de la carne me raidit.

Je me relève et mon corps se ressaisit dans l’ ombre de l’ autre.

Le jus se déverse sur mes dents qui tressaillent. Mes émotions s’ éternisent sur ces quelques billets de plus.

Je rentre à pieds. Je ne fais aucun commentaire sur ce qui vient d’ arriver.

C’était un soir comme les autres.

Je caresse la chevelure jaune de Suzanne. Elle dort sur le canapé.

Cette femme endormie est un corps sans but. Sans porte à ouvrir.

Mes pensées glissent sans bruit sur sa poitrine.

Je mêle mes lèvres aux siennes.

_« T’ es malade ou quoi »

Je ferme les yeux, m’ exclue du moment.

Suzanne se rendort au milieu de sa chevelure douce.

Je compte mes billets.

Je n ‘ai pas gagné assez. Je repars.

Le talon posé sur l’ aiguille , j’ arpente.

Je veux être encore belle pour eux ce soir.

Il est question de régler des dettes. De savoir combien il manque .

Ils me régissent, eux qui font la queue au » Super U », ne supportent pas d’ attendre, partent à l’ île de Ré, me demandent combien je prends.

Combien je prends pour hurler ? ça dépend . Quand je bande, je n’ aime pas, je réagis.

Sperme, danse, fouet, matraque, cigarette à plat sur la clavicule.

Sur qui vais- je succomber ce soir ? Je ne saurai déjà plus demain.

Le présent n’ a plus de vie, plus d’ emprunte sur mon épiderme.

L’ oubli est un fluide tenseur. Je suis jeune et souriant, encore.

Je n’ ai pas assez pour manger et payer le loyer.

Cette nuit, le « car »me prêtera dentifrice et café de Colombie.

Etre propre et s’ emplir d’ arabica.

La bonté sait comment me porter. Un café chaud au poing, je supporterai mieux ma colère.

                                                                           *

Aujourd’hui, j’ aimerai me reposer.

Dormir plus.

Mais je dois retourner sur le trottoir .

Faire le trottoir. Ce qu’ il est.

Lui donner ce qu’ il mérite.

Un homme rit de ma perruque , de mes paillettes.

Elles le séduiront demain.

Les vêtements que l’ on porte sont les arrières pensées des autres.

L’ heure est venue pour moi d’ obéir. Et de ne plus penser.

Mes hauts talons, en métronome, jètent le temps par les fenêtres.

                                                                           FIN

Posté par Alexxandra à 03:24:00 PM - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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