Mein Blog, kein blog : Alexandra Apperce

Gesetzt! A dit la littérature... Parce que la littérature ne rend pas libre et qu'elle sera friande de vous, toujours. Welcome into the "Apperce bazaar"!

mardi 04 mars

Poids lourd.

                                                        Poids lourd est mon second roman. Achevé et non publié à ce jour. Voici le début.

                                                                                                                        images

Zéro kilogramme.

Le réveil sonne, il est sept heures.

La machine indique : sept, puis zéro, zéro.

Les rideaux mauves me protègent des premières lueurs matinales.

Elles transpercent, violettes et roses, le tissus épais.

Je suis couchée sur le côté.

Je remonte la couette au-dessus de mon oreille.

Je crois que je vais mourir.

Je m’en persuade depuis hier.

C’est plus simple la mort.

On n’affronte rien.

La mort c’est que dalle.

Hier soir j’ai su.

La vérité à propos de mon ventre.

Ce qu’un médecin, une femme, une garce entendait par vérité à propos de mon ventre.

Je remonte les jambes contre ce ventre.

Voilà le problème, la position du fœtus.

Je ne devrais pas.

Ca ne rime à rien.

Je me dis que dans cette position tout m’échappera.

Rien ne criera.

Zéro.

**

Hier matin je ne savais encore pas. Cette vérité à propos de mon corps.

Le matin je me suis levée, ai pris une douche, fait du café, regardé Laurent dans le lit, rempli un verre d’eau du robinet, l’ai en partie bu et ai arrosé la plante exotique à côté du canapé, avec ce qui restait.

Ensuite j’ai mangé deux beignets. Ai embrassé Laurent.

Je lui ai dit à plus tard.

Et je suis allé travailler.

Je travaille dans une crèche.

Dans laquelle il y a plein d’enfants.

Bien sur.

Mais tout me parait  anormal.

Je me dis que rien n’est à sa place.

Qu’il faut tout ranger.

Et mieux que ça.

J’arrive.

Certains enfants sont déjà là. Dix, douze, je ne sais pas.

Je leur propose de faire une ronde, chanter quelques chansons.

Et nous chantons et je suis étourdie et je serre les petites mains de part et d’ autre, et je leur fais mal et ils crient.

Ensuite je leur ai dit, vous pouvez aller jouer.

Je les observe, les empêche d’aller ici ou là, de crier trop.

Il fait très chaud.

Plus de vingt degrés.

Deux enfants me demandent si nous pouvons danser, chanter encore.

Je leur dis non, qu’ils devront jouer seuls. Qu’ils pourraient regarder un livre.

Je compte les enfants.

Remplis la fiche d’absences.

Je m’installe près du bac à boules.

Et sombre.

On m’a trouvée, secouée.

On m’a dit, c’est comme ça que tu surveilles les enfants ?

J’ai répondu non, bien sûr que non.

Un des enfants était tombé, rien de grave, mais il était tombé, il avait échappé à ma vigilance, le pourquoi de ma présence ici.

C’est l’un d’eux qui était sorti de la pièce pour avertir : la dame s’est endormie.

On m’a donné ma journée, dit que je devais absolument en profiter pour aller chez un médecin, et un bon.

Qui trouverait le pourquoi de mon état.

On m’a dit, tu n’as pas toute ta tête en ce moment.

J’ai dit non, évidemment que non.

Je suis sortie de l’établissement avec mon ordre d’aller me faire soigner et vite.

Je devrai revenir avec une lettre disant cette demoiselle ne va pas bien.

On m’a dit c’est important ce travail que tu fais, de t’occuper d’enfants, tu t’en rends compte ?

                                                   *

J’ai déambulé.

Erré.

Sonné à une porte, près de laquelle j’avais vu une plaque de médecin.

J’ai sonné.

Une voix a dit à l’interphone, c’est pour quoi ?

_La fatigue, je pense.

On m’a ouvert.

Je me suis assise dans la salle d’attente.

Des gens toussaient, se tenaient le ventre, étaient venus pour quelque chose.

J’ai attendu mon tour.

Je me suis levée. Je voulais partir.

La peur.

Une femme est sortie du bureau et a dit  mais c’est à vous, où allez-vous ?

Elle me dit de la suivre. Ce serait elle, le médecin.

Elle dit je ne vous ai encore jamais vue.

Je vais devoir faire une fiche sur vous.

Dites-moi votre âge, votre nom, tout ce qui vous concerne, et ce qui vous arrive.

J’ai dit je n’ai plus mes règles depuis des mois.

Elle a souri.

De bonheur.

Voulu que je l’accompagne dans ce bonheur.

Partager quelque chose.

J’ai dit peut être est ce que je vais mourir, j’ai lu bien des choses, depuis des semaines je lis des choses sur les ventres et ce qui peut se passer à l’intérieur.

_Allons bon, ce n’est rien, vous êtes sûrement enceinte, vous n’allez pas mourir, bien des gens, vous savez, aimeraient

Et le médecin, la femme derrière le médecin, la garce, ne finit pas sa phrase.

Si je pouvais lui foutre dans le ventre, ce que j’ai MOI, elle se dirait ah oui effectivement quelle horreur.

Elle a dit nous avons du temps, il n’y a personne après vous.

Nous prendrons le temps qu’il faudra.

Elle se dit que nous avons à parler.

Je suis sa dernière cliente.

La dernière de la soirée à laquelle elle allait annoncer une bonne nouvelle, mais vous n’êtes pas malade du tout, je dirais même que ça va très bien pour vous.

Vous savez, moi, j’en ai eu quatre

_Tu as eu quatre ventres ?

_Oui quatre.

Je tutoie les connasses.

Elle n’a aucune idée de ce que j’ai dans le ventre.

Elle ne sait pas comment c’est entré, comment j’ai eu l’idée.

Elle ne sait pas.

Les choses comme ça, ça ne peut pas arriver.

Ca ne peut passer par la tête de personne…

Je lui dis que j’ai lu des choses sur certaines infections qui empêchent la venue des règles.

Je l’implore.

Qu’elle affirme que je souffre de ça !

Je l’entends presque me le dire.

Je l’entends me le dire.

Je lui dis que ce qui se passe en moi n’a rien en commun avec ce qui arrive à d’autres femmes.

Je lui dis que je ne suis pas comme elles.

C’est impossible.

Une infection.

Voilà ce dont je souffre.

Elle me dit non ce ne sont que des cas très rares, on va vous examiner.

ON :

Elle, plus la science, les microscopes et cette connaissance de mon propre corps.

Qu’elle n’a jamais vu.

Un corps est un corps, le mien, celui d’une autre.

Elle sait bien. Tous pareils.

Et je le sais aussi.

Toutes lumières tamisées, un corps se duplique à l’infini.

Mes organes vitaux n’ont rien de nouveau ni d’étrange.

Mes bras, mes jambes, elle n’a qu’à regarder dans un livre

Pour me savoir pleine.

Je suis une méduse nue sous ses mains fines qui entrouvriront.

Elle prend ma tension.

Mon bras semble exploser sous le tissus qui gonfle.

Elle dit « douze, huit » c’est impeccable, tout me semble normal, comme dans un livre.

je regarde ses yeux, ceux de la science, de la main mise sur mon ventre, et ce qui va lui arriver.

Mon bout de viande, moi-même.

Ce cas sur lequel elle va trancher.

Pleine.

Sur la table je m’étale, me déploie.

Elle garde son diagnostic en tête.

Et ce qui lui est encore permis, de mystère.

Hors des précis de biologie. 

Ses yeux m’inspectent à nouveau.

Ses ridules au coin, sont celles de la femme qui se cache derrière la science pour m’annoncer ce que je ne veux pas.

Je ne peux pas lui dire comment j’en suis arrivée là.

Elle dirait non ON ne peux pas croire ça. Quel genre de femme êtes vous ?

Elle ne dirait pas « je » mais « ON ».

Elle refuserait de s’impliquer dans ma situation dégueulasse.

Il n’y a que le « ON » qui devrait savoir.

Grâce à lui, elle saurait que je n’aurais plus personne sur qui frapper.

Si ma colère éclatait, mes mains transperceraient une image.

Une illustration.

                                        *

J’ai dit je pense que ce n’est pas ça.

Elle dit vous entendez quoi par « ça » ?

Je n’ai plus mes règles depuis des mois et une explication vous allez m’en trouver une, et une bonne.

Enceinte.

Enceinte pleine, enceinte de tout.

Je reluque l’option sale :

Sèche, déboisée, vide.

Dis qu’elle se trompe, qu’elle est folle.

Je trésaille.

La gifle.

La re-gifle.

Je veux être sûre.

Elle dit c’est naturel ce genre de réaction.

Je la tabasse.

Je me pousse à bout.

Je compte bien haïr tous ses propos de médecin.

Tous ses diplômes qui prouvent que ce qu’elle dit, est médecine.

Elle est retournée à son bureau.

A détaché une ordonnance de son bloc.

Me redemande mon nom.

Elle dit je vais le retenir celui-là, je vous assure !

Pendant qu’elle l’ écrit je hais ses boiseries autour du bureau, ses dossiers en attente, ses diplômes encadrés ce que je les ai détestés !

J’avais les deux mains posées sur le cuir de son sous-main.

Du cuir vert avec une lisière or.

Elle disait, je vais vous envoyer faire une prise de sang vous verrez bien.

Ce que je dis est vrai, vous verrez.

Je me suis levée, haletante.

Elle a dit rasseyez vous et ne me parlez pas comme ça.

Allez vous allonger.

Que je vous examine plus avant.

Que je fasse mon travail de médecin. Femme. Garce.

Elle est partie se laver les mains, derrière une petite porte blanche.

J’entendais l’eau couler, elle a pris du savon liquide.

J’ai entendu le bruit du poussoir.

Elle a déroulé du papier qui sèche les mains.

Est revenue.

A remonté ses manches.

Elle portait une broche sur son pull vert.

C’était une fleur de lys dorée.

J’observe le bijou pour me concentrer sur quelque chose de beau.

ON allait plonger sa main profondément en moi, et j’aurai mal.

Sa main a plongé dans ma cavité utérine.

Je voyais son poignet s’en aller dans mon ventre.

J’ai dit c’est ça vos ustensiles !

Sa main gauche était en appui sur la table.

ON se retenait pour ne pas tomber, je suppose.

Les médecins ne savent pas ce qu’ils font.

Les femmes derrière les médecins non plus et moi je ne sais plus qui je suis.

Une femme, un ventre, quelle importance, plus personne ne me sautera avant longtemps, le temps que ça se résorbe.

Je pense déjà couture, cicatrice, fils.

Je dis bouchère !

Elle presse sur mon utérus et dit mais il est bien accroché ce fœtus !

C’est qu’il veut vivre !

Elle a pressé sur mes seins de l’autre main.

A dit alors ça, si c’est pas du lait !

J’ai vu un jet blanchâtre partir sur son pull-over. Et le lys doré.

J’ai littéralement explosé. Sur la fleur.

Elle a ressorti sa main.

A jeté un coup d’œil sur son lys tout blanc.

A dit je ne sais pas depuis combien de temps vous êtes enceinte, mais ça n ‘est pas récent !

Est repartie se laver les mains.

A crié derrière la porte.

_A vue de poignet, quelques mois au moins, mademoiselle !

Je me suis vite rhabillée pendant son absence.

Je ne voulais pas qu’elle me voie dans cette position.

Qui suggérait que nous avions peut-être fait l’amour.

Elle a souri.

A remis son alliance qu’elle avait posé sur un guéridon.

Elle a dit faites la prise de sang, ça vaudra mieux, il faut savoir si tout se passe bien.

Elle a dit ne faites  pas cette tête tout de même !

Puis m’accompagne jusqu’à la porte, me souriant sur cette note enchantée.

Cette femme je viens de lui dire qu’elle allait enfanter.

Elle se dit que sa soirée commence très bien.

Je descends les vingt quatre marches, je les ai comptées, parce que je ne savais plus ce que je devais faire de mon esprit.

Il fallait à tous prix que je l’occupe ou il se serait fait les deux, le médecin plus la femme, d’un seul coup !

ELLE hurle du haut de l’escalier et refermez bien la porte derrière vous !

Je pars de chez ce médecin chez lequel je ne reviendrai pas.

Chez lequel j’oublie être allée.

J’achète un plat à emporter, et rentre chez moi.

J’embrasse Laurent.

Il me demande où j’étais, ce que je pouvais bien faire si tard en ville et seule.

Il espère.

Seule.

Ironise sur un éventuel accompagnateur.

Je lui dis ce soir nous mangerons indien, il dit qu’il adore.

Je sors deux assiettes, deux verres, une bouteille de vin rouge.

Et lève mon verre aux nouveaux jours.

                                 **

Sept heures zéro, zéro.

Ce matin, il fait beau.

Le soleil.

Les rideaux mauves. Qui luisent.

Sur ma position fœtale.

Hier, on m’a dit.

Laurent est parti depuis plus d’une heure.

Il est parti sans me réveiller.

Je ne l’ai pas entendu claquer la porte.

Le mercredi je peux dormir, je ne travaille pas.

Je daigne redescendre la couette par delà mes épaules.

Il doit être dix heures ou peut-être plus.

Je me montre enfin.

Le ventre.

Le ventre !

Aucun ventre.

Les jambes contre ce ventre.

J’ai un peu froid.

Je me lève.

J’ai un ventre.

Plus qu’un ventre.

Et cette ultime pensée en tête.

De faire crever ce qu’on a trouvé dedans.

Ce matin où j’étais enceinte.

Posté par Alexxandra à 02:25:00 PM - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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